Groupe de travail « Violences faites aux filles »
Le groupe de travail « Violences faites aux jeunes filles » s’est réuni à plusieurs reprises entre 2022 et 2024. Il réunissait des professionnel·les de divers secteurs ainsi que des personnes concernées. Vous retrouverez ici les réflexions et productions de ce groupe.
Contexte et problématique


Les violences faites aux filles s’inscrivent pleinement dans le continuum des violences faites aux femmes, produit des inégalités actuelles entre les femmes et les hommes. Bien que de plus en plus médiatisées et faisant l’objet de politiques publiques spécifiques, les filles (15 – 24 ans) ne se sentent pas concernées par les campagnes de lutte contre les violences faites aux femmes, spécifiquement dans le cadre de relations conjugales. Juliette Thatcher analyse notamment les difficultés de conscientisation des jeunes filles quand elles se retrouvent face à des stratégies d’emprise propres à ces violences.
Le jeune âge est pourtant considéré comme un facteur aggravant quant à la probabilité qu’une femme soit victime de violences selon l’enquête Virage, parue en 2021, référence française en matière de lutte pour l’égalité et contre les violences.
Les professionnel.les entendues font état d’un manque d’outils de communication à l’intention des jeunes. Le peu de publications scientifiques autour de ce sujet illustre l’impensé institutionnel de cet angle de vue, entraînant une invisibilisation du phénomène.
Plusieurs spécificités concernant les filles ressortent de cette étude :
- La romantisation de la jalousie entraînant une banalité des comportements violents au sein du couple, alors appréhendés comme une preuve d’amour
- Les difficultés pour les filles d’établir des limites sur ce qu’elles peuvent accepter ou non au sein du couple, sous le prisme de la culture du sexisme et du viol véhiculées par la société
- Le risque accru d’être victimes de cyberviolences
En s’appuyant sur les travaux de Juliette Thatcher et les professionnel·les sur lesquel·les cette dernière s’est appuyé, un groupe de travail sur le sujet se réunit depuis 2023 pour réfléchir notamment à un projet de communication à l’intention des jeunes sur les violences spécifiques envers les filles de 15 à 25 ans.
Les objectifs du groupe de travail et freins identifiés par les professionnel·les
Objectifs
- Multiplier la prévention à la vie relationnelle, affective et sexuelle pour que dès le plus jeune âge, les relations soient consenties, éclairés et égalitaires
- Mettre en lumière la notion de violences psychologiques, souvent décrites dans les relations des plus jeunes
- Combattre le sexisme dès sa construction
- Engager les pouvoirs publics à prendre en compte les violences au sein du couple dès le plus jeune âge pour endiguer l’invisibilisation du phénomène
- Visibiliser les violences faites aux filles pour éviter la minimisation des actes subis
Freins identifiés par les professionnel·les
- Opposition des parents à aborder le sujet de la sexualité et des violences dans le cadre scolaire
- Non-respect de la Loi Aubry de 2001 : alors qu’il est nécessaire de privilégier la prévention primaire
- Tendance à cantonner la prévention au milieu scolaire alors que les jeunes ne sont pas toustes scolarisé.es
- Les jeunes filles se heurtent à des problèmes de crédibilité des professionnel.les non formé·es à qui elles s’adressent. Surtout dans le cadre de parcours dit d’errance, résultant de violences vécues tout au long de leur parcours. Plus les filles sont fragilisées, plus leur parole est remise en cause par les adultes référents : jeunes venant de MECS, de l’ASE, de la PJJ, victimes de faits antérieurs, situation de handicap… alors que la prévalence de subir des violences dans ce cadre est plus importante que chez d’autres jeunes filles.
Les travaux du groupe de travail
Cartographier les lieux d’accueil pour mieux orienter les jeunes filles
Le premier travail du groupe a été d’établir un recensement des structures d’accueil sur le département afin de les intégrer à la carte dynamique sur le site de l’Observatoire sous un onglet spécifique. Ce travail de cartographie permet de pouvoir orienter des filles victimes, mais également de constater que certaines zones du département n’ont pas ou peu de structures d’accueil et ainsi mettre en avant les inégalités territoriales.
Retrouvez ici la cartographie réalisée.
Qualifier la réalité des violences faites aux jeunes filles pour mieux comprendre le phénomène
L’invisibilisation des violences faites aux filles a également comme conséquence la difficulté à chiffrer spécifiquement le nombre de victimes. Le choix a donc été fait par le groupe de travail de s’orienter vers une approche qualitative, en écoutant et analysant des récits individuels de jeunes filles pour comprendre la manière dont les jeunes, filles et garçons, parlent de relations amoureuses afin de mieux appréhender le phénomène de violences dans ces classes d’âge. Les échanges ont mis en lumière le besoin d’outils pour mieux communiquer sur ces sujets avec les jeunes, aboutissant à la création d’un flyer.
Retrouvez ici les différents flyers.
Définir un vocabulaire commun et élaborer un lexique
Pour la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, l’usage d’un vocabulaire précis et inclusif est primordial afin que les jeunes filles se sentent concernées. Parler des violences faites aux filles permet de nommer ces réalités de manière claire et de ne pas les limiter aux violences intrafamiliales, qui ne représentent qu’une partie des violences vécues par les adolescentes. De nombreuses filles ne se considèrent pas dans des relations de couple au sens sociétal du terme. Elles sont néanmoins victimes de violences sexistes, qu’elles soient physiques, psychologiques ou sexuelles dans le contexte du couple, comme de l’espace public.
Ainsi, en 2023, le groupe de travail a élaboré un questionnaire pour recueillir la paroles de jeunes accompagnées par des intervenantes du département de l’Hérault ou lors d’interventions en milieu scolaire.
Ce travail a permis d’aboutir à la création d’un lexique facilitant la compréhension des professionnel·les des phénomènes auxquels ils peuvent faire face.
Retrouvez ici la synthèse du questionnaire.
Retrouvez ici le lexique.
