Comprendre les violences sexuelles
Les violences sexuelles : une violence genrée et massive
Quelques chiffres pour comprendre les inégalités de genre face aux violences sexuelles et le caractère massif de celles-ci – chiffres du Haut conseil à l’égalité[note 2] et des associations centralisés par Nous toutes[note 3] :
– En 2022, 153 000 personnes majeures affirment18 avoir été victimes de viol ou de tentative de viol, dont 82% de femmes, soit un viol ou tentative de viols toutes les 2 minutes,
– En 2022, 217 000 personnes majeures se déclarent victimes d’agression sexuelle, dont 88% de femmes,
– 16% des français·e·s ont subi une maltraitance sexuelle dans leur enfance (chiffre de l’Enfant bleu),
– Dans 91% des cas de violences sexuelles, les femmes connaissent les agresseurs (chiffres du rapport d’information de Sophie Auconie et Marie-Pierre Rixain, février 2018 (2019))
Les violences sexuelles sont donc un fait très présent dans notre société, touchant majoritairement les femmes et les enfants, et produits majoritairement par des hommes. Dès lors, il ne s’agit pas d’un problème individuel entre deux personnes mais bien d’un fait social inscrit dans les normes sociales qui les justifient voire les encourages. Loin de la représentation collective d’une déviance violente de la sexualité, elles sont l’expression des rapports de domination des hommes sur les femmes et des adultes sur les enfants. En effet, elles sont la manifestation du fonctionnement patriarcal de nos sociétés contemporaines par l’appropriation et la prise de contrôle du corps et de l’esprit de l’autre. Ce caractère systémique explique leur banalisation.
Culture du viol, représentations et continuum des violences de genre
L’essayiste Valérie Rey-Robert a défini la culture du viol. Ce terme utilisé depuis les années 1970 désigne selon elle un système de représentations qui « s’appuie et se nourrit […] d’un certain nombre d’idées reçues autour des violences sexuelles et provoque systématiquement des phénomènes similaires observables : fatalisation du viol, excuse des coupables et culpabilisation des victimes »[note 4]. La culture du viol est donc un ensemble de normes et de valeurs qui façonnent nos comportements et nous amènent à tolérer les violences sexuelles. « T’as vu comment t’étais habillée aussi ? », « Tu n’avais qu’à pas boire autant ! », « Les hommes ont naturellement des besoins plus importants que les femmes », autant de phrases courantes qui légitimes les violences. De même, les termes minimisant comme « attouchement », « baiser volé », « abus sexuel » tendent à minimiser la gravité des faits. Dès lors, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles passe forcément par un changement des représentations.
Ces représentations touchent aussi les agresseurs : la culture classique et contemporaine a longtemps portrayé les circonstances d’un viol comme étant exceptionnelles, commises par des individus déviants, représentation parfois ancrée dans des clichés racistes (l’agresseur serait souvent d’origine étrangère). Or, comme en témoignent les chiffres évoqués plus haut, 9 victimes sur 10 connaitraient leur agresseur. Les violences sexuelles commises au sein de la famille, dont l’ampleur a été révélée par la CIIVISE (commission indépendante sur l’inceste et les violences faites aux enfants) dans son rapport de 2023 chamboulent également cette vision stéréotypée du viol.
La chercheuse Isabelle Auclair a travaillé la notion de continuum des violences genrées[note 5] : elle indique que « les actes de violences sexuelles sont généralement l’aboutissement de l’accumulation de diverses formes de violences, notamment structurelles, et d’inégalités systémiques. ». Les inégalités de genre sont donc le terreau qui alimente les violences sexuelles. La lutte contre les stéréotypes sexistes dès le plus jeune âge et les dispositifs de résorption des inégalités femmes/hommes ont une place essentielle dans l’élimination des violences sexuelles.
Focus sur les violences sexuelles au sein de la famille
De 2020 à 2023, la CIIVISE[note 6] a enquêté sur les violences sexuelles faites aux enfants et l’inceste en auditionnant des victimes. Les chiffres sortis de cette étude sont édifiants :
- 160 000 enfants sont victimes d’inceste chaque année,
- 5,4 millions de femmes et d’hommes adultes en ont été victimes dans leur enfance,
- Dans 81% des cas de violences sexuelles sur enfant, l’agresseur est un membre de la famille.
Les conséquences des violences sexuelles
Les violences sexuelles ont des conséquences très concrètes sur les victimes[note 7].
Sur la santé :
- Troubles du sommeil
- Troubles du comportement alimentaire
- Symptômes somatiques
Sur la santé mentale :
- Troubles anxio-dépressifs
- Troubles de la concentration
Sur le comportement :
- Troubles de l’activité sexuelle
- Conduites d’évitement
- Conduites addictives
- Changements brutaux de comportements
Notes et références :
1. Site de la MIPROF : https://arretonslesviolences.gouv.fr/besoin-d-aide/violences-sexuelles
2. Haut conseil à l’égalité, Rapport sur les violences sexuelles,
3. Nous toutes, Comprendre les chiffres pour mieux défendre les femmes et les enfants victimes de violences sexistes et sexuelles
4. Valérie Rey-Robert, Une culture du viol à la française, Libertalia, 2020 [1ère éd. 2019])
5. Isabelle Auclair, « Le continuum des violences genrées dans les trajectoires migratoires des Colombiennes en situation de refuge en Équateur », 2016.
6. CIIVISE, Rapport « Violences sexuelles faites aux enfants : on vous croit », novembre 2023.
7. Muriel Salmona, site « Mémoire traumatique et victimologie »
Textes de référence :
- La Convention du conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (dite Convention d’Istanbul), ratifiée par la France le 4 juillet 2014.
- La Loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes stipule dans son 1er article : « l’État et les collectivités territoriales, ainsi que leurs établissements publics, mettent en œuvre une politique pour l’égalité entre les femmes et les hommes »
- Le 5ème plan national (2017-2019) de lutte contre toutes les formes de violences faites aux femmes promeut « le développement des Observatoires territoriaux des violences faites aux femmes » (objectif 37)
- Le plan départemental de prévention de la délinquance de l’Hérault 2020 -2024
- Le plan national d’action 2021-2025 contre les violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur et la recherche.




